Mercredi 3 décembre 2008

 

Je vous ai déjà maintes fois parlé de l’art rupestre des cavernes et abris ornés du Mato Grosso au Brésil. Le Mato Grosso, pour ceux qui découvrent mon blog, est cet Etat brésilien qui fait frontière avec la Bolivie, situé au centre du continent sud-américain. Là-bas, je m’intéresse depuis des années à l’influence des paysages sur les mouvements migratoires préhistoriques qui ont conquis il y a des milliers d’années cet espace géographique.

Sur les parois des abris, deux formes d’expression s’opposent : les peintures et les gravures. Rarement, elles sont associées sur un même site, mais cela arrive. Intéressons nous aujourd’hui principalement aux abris ornés de gravures. Moins spectaculaires que les peintures, les gravures nous réservent de belles surprises. Le site d’art rupestre du Mato Grosso le plus important est celui de  Janela. Au pied d’une immense falaise de grès, les gravures s’étendent sur plusieurs dizaines de mètres de longueur et jusqu’à trois à quatre mètres de hauteur. Plusieurs milliers de motifs imbriqués les un dans les autres. On peut identifier des représentations humaines, quelques animaux et de nombreuses étoiles. Le ciel avait une grande importance pour les peuples qui ont gravé cet abri. On peut même y déceler une comète. J’ai questionné à ce sujet les derniers indiens Bororos qui ont investi cette région et qui l’occupaient encore il y a une vingtaine d’années. Cela ne fait aucun doute, les représentations stellaires de l’abri Janela prouve que leurs auteurs avaient une grande connaissance du ciel.

Plusieurs abris proches appartenant au même complexe de reliefs sont également ornés de gravures.

L’autre site rupestre comportant une multitude de signes et quelques représentations humaines très intéressantes est Tapera, proche d’un village de « garimpeiros » (chercheurs d’or). Nous sommes ici dans une région diamantifère. Ici, les chercheurs de diamants travaillent dans le fond des rivières avec des scaphandres. L’abri  Tapera  compte de belles images avec une tentative de portrait.

L’incontournable abri en matière de gravure, c’est Rapadura. Une petite faille dans une falaise. Sur la gauche de l’abri, un panneau de signes très singuliers.

Enfin la caverne de Cabeceira Verde avec ses niches décorées. Hélas, le grès fragile et friable de la majorité des abris se dégrade avec l’usure du temps faisant disparaître quelques motifs. Protégés par la forêt vierge durant des millénaires, le déboisement mettant à nu chaque jour de nouvelles parcelles de terre, a révélé progressivement l’existence de ces abris à une population qui les découvre sans connaissance du sujet. Leur imaginaire, leur soif de trésor englouti et leur ignorance sont une menace supplémentaire pour ces vestiges déjà exposés aux aléas du temps et des brûlis.

 

Vous voyez, il y a tant à dire et à faire pour protéger ce patrimoine géographique et paléo-culturel sur la piste des grottes ornées d’Amazonie au Mato Grosso. Il reste encore  tellement d’abris à découvrir avant que les derniers lambaux de forêt vierge ne partent en fumée pour laisser place au coton ou au soja.

Bon je vous laisse, j’y retourne…

par Jean publié dans : Art rupestre
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Dimanche 23 novembre 2008

 

Une descente « aux enfers » à ne pas manquer

Une grande page d’exploration souterraine à lire dans le blog de mon ami artiste peintre et aquarelliste Alain Marc, (Aquarelle-en-voyage). Il nous entraîne avec ses pinceaux jusque dans les dangereux abîmes de l’Aven Noir et nous fait vivre le récit palpitant d’une grande première : l’exploration de la Galerie du Marocain, le tout agrémenté de sublimes aquarelles et photos. Bravo pour ton courage, ton audace et ta ténacité.

De notre berceau africain, chaque nouveau pas arraché sur notre planète depuis l’aube des temps l’a été par des hommes comme toi. Merci, j’ attends la suite …

 

 

Avec mon ami d'enfance Alain Marc, en pleine discussion sur l'Aven Noir et le Mato Grosso.

par Jean publié dans : aventure
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Dimanche 16 novembre 2008

Chers amis blogueurs, vous êtes nombreux à me visiter régulièrement des quatre coins de la planète et je vous en remercie. Cependant la préparation de mon projet "Alvorada" sur la piste des grottes ornées d'Amazonie absorbe tout mon temps et c'est la raison pour laquelle je passe moins d'articles sur ce blog. Ne me quittez pas, voici un récit qui va vous amuser et qui me permet de tirer un grand coup de chapeau au célèbre ethnologue Levi-Strauss. Bonne lecture...

 

Bon anniversaire à Lévi-Strauss, 100 ans déjà...

 

Le monde entier le connaît depuis son célèbre ouvrage « Tristes Tropiques ». Bon anniversaire à cet ethnologue exceptionnel qui aligne sa centième bougie. J’ai eu l’inestimable chance de le lui parler en tête à tête. D’ailleurs deux personnages illustres, tous deux ethnologues, m’ont impressionné au cours de la rencontre que j’ai eu avec eux... Le premier, André Leroi Gourhan qui nous a hélas déjà quitté.  Père de l’archéologie moderne, il révolutionna les méthodes de fouilles stratigraphiques.

Ma rencontre fut très émouvante avec Claude Lévi-Strauss puisque nous avions un sujet de conversation commun, Les indiens Nambikwaras de la forêt amazonienne du Mato Grosso, localisés dans la vallée du rio Guaporé, dans une des zones les plus périlleuses à explorer.

Et, si je garde de cet entretien un souvenir inoubliable, celui que me laisse mon séjour chez les Nambikwaras n’en reste pas moins drôle.

 

(1986) Chez les Nambikwaras de Lévi-Strauss. Une école neuve pour une nécropole

(extrait de mon manuscrit « Lèvre de bois »)

« De retour a Cuiabá, je réussis à me procurer un autre lot d'images de satellite. Elles m'ouvrent un champ nouveau. Toute la vallée du Guaporé et la Serra dos Parecis. C'est là que je décide d'orienter mes prochaines explorations. Je m'active à les déchiffrer et à les organiser en mosaïque. Ce sont des images muettes sur lesquelles ne figurent aucun nom de rivière, de massif. Pour les rendre utilisables, je dois les interpréter. Un travail fastidieux.

            Sur le terrain, j'entame des pourparlers avec les indiens Nambikwaras de la Serra dos Parecis. Depuis que Lévi-Strauss leur avait rendu visite à l'époque où je venais au monde, leur condition de vie n'avait pas changé. Quarante ans que les tropiques restaient aussi tristes de ce côté-là. Mon interlocuteur est le chef du village Tubarão. Une « aldeia » (village) de huttes où vivent quelques familles Nambikwaras. A la saison sèche, on peut les atteindre en deux jours de voyage par une piste de latérite en très mauvais état. Lorsque les pluies les isolent du reste du pays, le rio Guaporé offre une issue de secours, mais sa navigation très dangereuse est des plus aléatoire. Deux tribus, les Aikana du village Tubarao et les Latundé se divisent un vaste territoire. Une réserve indigène leur avait été aménagée par le sertaniste Fritz Tolksdorf pour les préserver des colons qui venaient s'installer sur les terres fertiles des affluents du Guaporé.

            Lors de ma première visite dans l'aldeia Tubarao,  j'y arrive de nuit. Le village est en fête. Un groupe de femmes vêtues de robes usées et crasseuses, le visage orné de roucou, dansent sur le terre-plein central à la lueur de quelques torches. Agglutinées, serrées les unes contre les autres, elles avancent en formant un large cercle, cadençant leurs pas d'un son de flûtes sacrées accompagné de chants monotones, presque couverts par le ronronnement du groupe électrogène qui alimente trois ampoules de faible intensité suspendues sur des perches de bambou.. Une assistance d'hommes ivres, vautrés sur des bancs d’école ou couchés à même la terre les suivent du regard, abrutis par leur incessant manège. Des flaques de vomi et des canettes de bière vides pavoisent le sol. Un demi-siècle d'intégration ne leur avait toujours rien apporté. Un mariage se prépare avec ce qui reste de traditions ancestrales. La mariée confinée dans une hutte à l’écart du village depuis plusieurs jours, attend son fiancé. Le spectacle est désolant, dégradant. Les Nambikwaras avaient quasiment tout perdu de leur culture, sans n'avoir encore rien pris de la nôtre qui puisse améliorer leurs conditions de vie. Leurs acculturation était un échec et le constat était net. Pour la première fois, je me sentais mal à l'aise face à des indiens, le poids de la culpabilité des Blancs me pesait sur les épaules. J'étais venu à leur rencontre pour me rapprocher de leurs origines et ce spectacle m'en éloignait. Que pouvaient-t-ils avoir conservé de leur passé ? J'avais des doutes. L'odeur aigre des vomissements et une puanteur de transpiration s'ancrent dans mes vêtements et la moiteur de la nuit n'arrange rien. Les quelques halos de lumière attirent une quantité de hannetons et autres gros insectes qui tourbillonnent eux-aussi de longs moments avant de s'écraser au sol. Ils sont aussitôt piétinés par les pieds nus des danseuses. Leur carapace craquait et libérait un liquide jaunâtre qui entachait le sol. Tout donne la nausée. A minuit, le chef de poste de la FUNAI coupe le groupe électrogène, mais la fête ne s'interrompt pas pour autant. Les indiens ont allumé un feu pour donner un peu plus de clarté. Bien plus tard dans la nuit, quand tout le village fut ivre, les chants et les danses cessèrent.

            Le lendemain, l'aldeia était restée presque déserte. Seuls quelques enfants, le visage rieur, avaient passé la journée accrochés à mes basques. J'avais eu tout le loisir de d’arpenter le village. Une hutte délabrée servait d'école. Elle était ouverte aux indiens de tout âge qui voulaient se familiariser avec la langue brésilienne. Des indiens de passage se l'étaient également appropriée pour y dormir. Les cours ne commençaient jamais de bonne heure et dépendaient de la bonne volonté des indiens présents, en moyenne quatre à cinq, jamais les mêmes. La hutte était en si mauvais état quelle menaçait de s'effondrer au moindre coup de vent. Une demande avait été adressée à la FUNAI pour qu'on la remplace, mais il y avait d'autres priorités, tant de priorités que l'école était toujours là, penchée sur son flanc droit, attendant la rafale de vent qui la mettrait un jour à terre.

            Le soir venu, j'entame une discussion avec le chef du clan des Aikana. Un dialogue de sourds! Comme il parle peu le portugais et qu'il se sert de cet état de fait pour en dire le moins possible, je n'apprends rien de nouveau sur le chapitre des nécropoles nambikwaras. Je sais seulement qu'elles existent et qu'elles sont remplies de momies et d'urnes funéraires. Quant à leur localisation, je l'estime à l'extrème-ouest de la Serra dos Parecis, aux sources du rio Guaporé et de ses affluents. Mais la région n'est pas sûre, de nombreux clans Nambikwaras se disputent les terres de la réserve indigène. L'accès aux cavernes du Haut-Guaporé reste encore problématique. Cependant l'institutrice de la petite école me rapporte quelques jours plus tard, des propos émanant du chef . En réalité, il me propose un marché. Une école neuve contre une nécropole! L'accès aux grottes funéraires méritait une contrepartie mais là, elle était au-dessus de mes moyens. Je négocie directement avec l'intéressé pour ramener l'échange à un prix plus raisonnable. Mais le vieux cacique (chef) ne veut rien savoir. Il me prend pour un « gringo » aux poches bourrées de dollars. Je quitte le village sans rien obtenir. 

            A Cuiabà, la foire agricole attirait les fermiers de tout l'Etat. Exposition de bétail, de machines, concours de rodéos, elle était l'évenement le plus important de l'année. L'hôtel Mato Grosso faisait le plein. Ma chambre avait été réquisitionnée et vidée pendant mon absence. J'avais atterri dans l'appartement du propriétaire, sur le sofa. Mes papiers étaient chamboulés et je manquais d'espace pour continuer le travail d'interprétation des images de satellite. J'étais occupé à ce décodage lorsqu'une première mission officielle composée d'éminent préhistoriens et de diplomates est annoncée au Mato Grosso, sous l'égide de l'Ambassade de France. Elle vient expertiser mes découvertes.

            Fier de ce résultat, j'organise un programme sur divers sites rupestres, et des rencontres avec les autorités locales. Pour déplacer cette délégation jusque dans les profondeurs des savanes, je dois emprunter les deux avions du Gouverneur et prévoir des points d'atterrissages de fortune ou des véhicules acheminés à l'avance nous attendront. Une logistique qui doit être maîtrisée sans accrocs. Je leur mijote une réception papale. Pour obtenir les avions du gouverneur, j'avais une entrée sûre au Palacio, le chef du cérémonial. Un brésilien d'un âge mûr, issu d'une grande famille de navigateurs portugais. Il avait passé toute son enfance à Paris avant de poursuivre des études a Cambridge. La Préhistoire était sa tasse de thé. Elle avait également forgé entre nous une amitié et une complicité réciproques et spontanées. Il était mon plus solide trait-d'union avec le gouvernement

            La délégation française arrive quelques semaines plus tard conduite par Henry de Lumley Directeur de l'Institut de Paléonthologie Humaine de Paris. Il est accompagné de son épouse également préhistorienne, du Consul Général de France à São Paulo et du Conseiller Scientifique de l'Ambassade. Le programme se déroule en trois jours dans une cadence infernale avec les aléas coutumiers qui donnent à l'événement un goût exotique. Cette fois, c'est officiel, le patrimoine archéologique du Mato Grosso est reconnu d'intérêt universel.

            L'aide matérielle qui me venait de São Paulo permettait des explorations plus audacieuses. Je me lançais dans le Haut Araguai, la Serra das Araras, les sources du rio Garças et le Haut Guaporé. Partout en somme. Je passais de longues semaines à longer à pied ces falaises immenses, interminables, prenant le temps d'explorer en détail tous les massifs, tous les archipels de reliefs résiduels plantés comme des totems dans des bourrelets de végétation luxuriante. Un labyrinthe complexe. Les premiers nomades n'avaient pu y pénétrer que grace à leur curiosité. De relief en relief. Ici les bordures des chapadas avaient joué le rôle d'un fil d'Ariane.

            De nouveaux abris apparaissaient. Plus beaux les uns que les autres. L'inventaire s'étoffait;  Parnaiba, Sao Lucas, Raizinha, Sao Carlos. Des noms de rochers gravés ou peints qui fournissaient à la Préhistoire une nouvelle donne. Un legs  millénaire.

            Durant ce temps là, sur la frontière Bolivienne, ma tractation avec les Nambikwaras avait progressé. L'Ambassade de France avait fait un geste pour la construction de leur nouvelle école. La saison des pluies s'amorçait lorsque les travaux débutent. Un premier camion livre des maériaux; portes et fenêtres. Malheureusemnt les pistes deviennent vite boueuses et ne permettent plus d'acheminer le reste. C'est la colère du côté des Nambikwaras. Pour calmer le jeu, je dois me rendre dans le village. A cette saison, seules des barges utilisées pour le transport du bétail remontent le rio Guaporé à partir du villege de Vila Bela. J'attends une semaine avant qu'une barge soit annoncée.  Deux heures avant mon départ de Vila Bela,  j'établis un contact radio avec le poste de la FUNAI. Mauvaise nouvelle! Une querelle entre chefs de clans avait fait un mort. Les Aikana sont sur le pied de guerre, on craint le pire. Je dois reporter mon voyage. A la tombée du jour, la barge quitte Vila Bela sans moi...

            Le lendemain, j'apprends qu'elle a coulé dans la nuit. Aucun survivant.

            Après les pluies, on avait achevé la nouvelle école des Nambikwara, mais le climat de tension qui régnait là-bas n'était pas favorable à mes projets d’exploration. Je devais attendre. Espérer qu'un vent nouveau souffle sur l'aldeia Tubarão.


 
par Jean publié dans : aventure
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Mercredi 5 novembre 2008

Un outil cartographique unique conçu pour le projet « Alvorada »

 

Le projet « Alvorada » (traversée en roulotte sur la piste des grottes ornées d’Amazonie) nécessite évidemment une trame cartographique d’une importance capitale. Même si l’objectif est de me laisser dériver au gré des horizons de paysages qui barrent le Mato Grosso d’Ouest en Est entre les bassins de l’Amazone et du Paraguay et par conséquent de m’affranchir des cartes, le travail d’identification de ce couloir de migrations paléo-indiennes a utilisé une extraordinaire documentation cartographique : (cartes anciennes, générales et régionales, cartes au 1/100 000ème, images de satellite…). Restait à agencer ces centaines de cartes afin qu’elles puissent être stockées et consultables à tout moment.
Avec l’arrivée de l’informatique, le support multimédia a remplacé le papier. On pouvait enfin envisager de réduire le volume et l’encombrement de toutes ces cartes pour les faire contenir dans un DVD.

Ce long et fastidieux travail de scan et de présentation multimédia a exigé 10 000 heures de travail. Il en résulte un programme informatique comprenant des données de terrain associées à une solide trame cartographique unique. Des centaines d’écrans permettent de croiser toutes les données informatiques en donnant un accès direct à la cartographie (images ci-jointes). Grâce à cet outil, j’ai pu identifier avec précision la piste des grottes ornées d’Amazonie au Mato Grosso. Actuellement, je consulte cette base de données cartographiques chaque jour. La géographie du Mato Grosso n’a plus de secret pour moi : retrouver en moins d’une seconde un des 400 reliefs répertoriés dans mes bases de données est un jeu d’enfant.

 

par Jean publié dans : exploration
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Dimanche 28 septembre 2008

par Jean publié dans : aventure
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Dimanche 21 septembre 2008

 

Il y a bien  mille endroits au Mato Grosso où j’aimerais vous conduire, mais il y a une balade exceptionnelle à laquelle vous ne pouvez pas échapper. Je vous emmène aujourd’hui chez mes guides Bororos de la Serra das Parnaibas. Là-bas, au fond d’une vallée Lito et Euclides veillent sur une petite rivière diamantifère, le rio das Pombas.


Partons dès maintenant, car une longue marche à pied nous attend et dans ces reliefs un orage peut nous surprendre à tout moment en cette saison des pluies. La première partie du trajet se fait en jeep. Le paysage est somptueux dans une campagne verdoyante gorgée d’eau d’où se dégage une forte odeur d’herbe à miel. Seul le bourdonnement des insectes et le cri-cri des grillons donnent un relief sonore à ce paysage écrasé par un soleil de plomb. De temps à autre le chant étrange d’un couple de cariamas huppés trouble ce silence environnant. 

La première halte sera pour l’ Abrigo do Luis. A la fraîcheur des frondaisons et au pied d’une falaise formant un abri, nous aurons tout le temps d’examiner les empreintes de mains taillées dans la roche laissées par les premiers paléo-indiens, ainsi que le personnage principal brandissant une sorte de lance.

A partir de cet endroit, la Serra das Parnaibas dévoile déjà dans le lointain à fleur d’horizon ses falaises abruptes qui baignent dans un océan de forêt.

A la fazenda São Sebastião, on abandonne la jeep pour emprunter à pied un sentier qui s’enfonce dans la forêt et descend vertigineusement dans la vallée. C’est un sentier rocailleux et abrupt qui nous happe et nous sépare brutalement du reste du monde. Le paysage change, les bruits aussi. On entre dans une petite jungle, rien que pour nous, avec ses odeurs poivrées et humides. C’est le meilleur moment de la journée : des lianes tombent des houppiers en véritables serpentins, des broméliacées colonisent les branches des arbres, des fleurs sauvages semblent piquées çà et là dans la végétation. Un singe alerté par notre présence décampe avec sa colonie en un clin d’œil. Un papillon bleu fluo traverse devant nous de son vol saccadé. A l’approche de la rivière, les iguanes plongent dans l’eau.

Au fond de la vallée, on traverse à gué deux à trois fois le rio do Cervo. Le sentier qui conduit jusqu'à la cabane de mes guides  a le caprice de passer tantôt à droite, tantôt à gauche du rio.

Soudain les chiens aboient, c’est que nous somme proches, puis un toit de paille annonce l’habitation rustique de Euclides et Lito.  Les deux frères viennent à notre rencontre, les chiens aussi. Après les accolades de bienvenue, ils nous invitent à entrer dans leur maison. Attention, n’y entrez pas négligemment, vous allez avoir le privilège de pénétrer dans une habitation traditionnelle rare. Découvrez cet espace avec les yeux grands ouverts et sentez, sentez encore le mélange d’odeurs de café torréfié, de plantes médicinales, de mets qui mijotent sur un feu à l’ancienne. Chaque fois que je rentre chez eux, j’en ai la chair de poule, tant ce lieu est magique. Je reste longtemps muet tandis que mes yeux se nourrissent de tous les détails

qui caractérisent cette habitation. Son toit de palme tressé noirci par les fumées du foyer. A hauteur d’homme des couteaux et des sabres d’abattis qu’on appelle ici « facão » sont piqués dans la paille du toit. Sur chaque étagère, les objets de leur quotidien et des curiosités comme ces os de poulet auxquels ils attachent un pouvoir magique. Le sol de terre battue est d’une propreté remarquable, balayé dix fois par jour. Tout est bien rangé, les gamelles d’aluminium accrochées au mur, la grande jarre d’eau potable sur son trépied, le vieux transistor sur son napperon, Ici tout est beau, tout nous ramène à la terre, tout me rappelle mes origines paysannes.


Pendant qu’Euclides nous prépare un plat traditionnel, « carne seca com arroz » ( viande séchée et riz). D’ailleurs, vous avez remarqué le sac de toile de jute lourdement rempli que j’ai porté sur ma tête et descendu pour eux. Ce sont des aliments, cadeau que nous leur laissons de notre visite : viande, riz, huile, haricots noirs et des bougies, tout ce dont ils ont besoin.

Pendant que le repas se prépare, jetons un coup d’œil à leur jardin. Des pieds de café, des ananas, des bananiers et un petit potager dans le creux d’une vieille pirogue surélevée pour le mettre à l’abri des fourmis. Autour de la maison, sous le toit, des calebasses accrochées servent de ruches. C’est leur réserve de miel.

C’est le moment de regagner la maison, le repas est prêt. Chacun prend une assiette en alu sur le présentoir, une cuillère et se sert directement dans la marmite encore fumante. Ensuite il suffit de trouver un endroit pour s’asseoir. Moi, j’adore me placer sur le perron de la cuisine, face à la montagne, et là devant ce décor, le repas est magistral. Chacun a choisi sa place et l’on mange en s’interpelant dans une bonne humeur qui pousse à la rigolade. Vous n’imaginez pas le plaisir que  Lito et Euclides prennent à partager leur repas avec d’autres. Un petit café du cru passé dans la chaussette et très sucré, puis Lito qui sera notre guide dans cette région qu’il est le seul à connaître, me fait signe avec son sourire qu’il est prêt. Traversons encore une fois à gué le rio Claro et emboîtons lui le pas sur un sentier qui serpente dans la vallée jusqu’au rio das Pombas. Un passage étroit taillé dans la végétation qui s’élargit parfois au passage de la savane boisée, enchâssé entre des falaises de grès rouge d’où s’envolent en poussant des cris stridents de magnifiques couples d’aras. Ils nous survolent et retournent à leur nid. Chaque trou dans la falaise abrite un couple de ces volatiles. Du fond de la vallée montent les cris sourds et puissants de singes hurleurs. Un tatou coupe le sentier juste devant nos pieds. Soudain Lito toujours pieds nus attire notre attention sur les empreintes fraîches d’un jaguar. Ces fauves qui circulent principalement la nuit sont assez nombreux dans ces reliefs. Enfin le rio das Pombas, une des rivières diamantifères les plus mythiques du Mato Grosso. C’est un petit torrent qui a taillé une gorge dans le grès. Nous sommes ici à la source et les mines de diamants se situent plus en aval. Peut-être un jour aurons-nous l’occasion de les visiter !

Après tant d’efforts, une baignade s’impose dans ce cadre magique à mille lieux de toute trace de civilisation.

Au retour, nous aurons le privilège d’entrer dans la caverne sacrée des Bororos. C’est une cavité basse où il faut s’allonger sur le dos pour voir les gravures qui ornent sa voûte. Des lunes, des mains, … bref  encore des mystères et la journée a déjà passé hors du temps bercée par le chant des grillons et les cris des grands aras gardiens de cette vallée secrète. 

Demain une autre destination sur la piste des grottes ornées d’Amazonie…

par Jean publié dans : aventure
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Jeudi 11 septembre 2008
Ce mois-ci dans la revue "Bouts du monde" N°3, William Mauxion dresse le portrait de Jean Périé.

par Jean
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Dimanche 7 septembre 2008
Ca y est ! le voilà ce premier document sauvé de l'agonie et d'une mort certaine. Durant mes premières années, j'ai eu la chance d'emporter avec moi une caméra 16mm. Certes, c'était une caméra d'occasion, inadaptée au milieu et qui utilisait des chargeurs lourds à transporter. Les difficultés du terrain ont eu vite raison de bon nombre de pellicules perdues dans mes pérégrinations, endommagées par des chocs ou coulées dans le lit des rivières d'Amazonie. Celles qui ont survécu ont ensuite été stockées des années dans une malle au fond d'une cave humide. Bref, les nouveaux supports et le multimédia m'ont donné envie de sauver ce qui pouvait encore l'être. Vous connaissez la suite... Aujourd'hui, j'ai remonté avec beaucoup d'émotion ces séquences tournées en 1969...
                              
                                           
                                            
                            


Sur le Maroni
envoyé par Jeanperie
par Jean publié dans : aventure
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Mercredi 3 septembre 2008
Jeunes ou moins jeunes, vous êtes nombreux à attendre les aventures de Mouriti. Quel sort, les Hommes-jaguars réservent-ils à Mouriti ? Vites jetez-vous sur le chapitre 10.




par Jean
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Samedi 23 août 2008

 

...Souvenez-vous dans un des derniers articles, nous étions partis ensemble sur la piste des grottes ornées. Notre balade s’était terminée dans la Serra da Saudade et bien si vous êtes en forme, avançons encore quelques centaines de kilomètres plus vers le sud-est en direction d’un haut plateau tabulaire majestueux par sa taille et sa beauté de la Chapada dos Guimarães.

Arrêtons-nous dans le petit village du même nom où nous visiterons une des  plus anciennes églises du Mato Grosso. Un autre site incontournable dans la région c’est la cascade Veu da Noiva avec ses cent mètres de hauteur. Entamons maintenant notre longue marche vers les abris ornés de la région. Certains demandent plusieurs jours d’approche. Au pied des immenses falaises de grès rouge, notre première halte sera pour admirer l’oiseau gravé de Letreiro dos Bugres. Marchons ensuite vers l’abri de Frei Kanuto orné de magnifiques


 peintures: un cervidé avec son pique-bœuf, une chauve-souris tête en bas, ses nandous et ses jaguars. Passons la nuit dans cet abri avant de nous diriger sur celui de Xavier pas très loin à vol d’oiseau, mais bien niché dans la forêt vierge, il est un des plus compliqué à atteindre et une journée de marche nous sera nécessaire pour y arriver. Au passage nous frôlerons, presque imperceptibles, des empreintes le Lama Major laissées sur le sol il y a plus de cinquante millions d’années. Ces premiers

mammifères qui ont suivi la disparition des dinosaures, sont passés par là à une époque où la Cordillère des Andes n’avait pas encore achevé sa croissance. Lors de celle-ci le plateau s’est effondré et cassé.
C’est ce qui explique la présence de ces empreintes sur une paroi verticale. Privilège rare pour moi de les avoir repérées, car personne d’autre que moi à ce-jour ne pourrait vous les montrer. Enfin nous atteignons l’abri de Xavier. Ouf ! Il est temps de souffler devant de si belles  peintures.


Le bestiaire trouvé sur les abris ornés est représentatif de celui que l’on peut croiser dans la nature à l’exception de certaines espèces comme les caïmans qui ne figurent sur aucun abri parce qu’ils ne sont pas présents dans les petits ruisseaux de ces zones montagneuses.

Voilà pour notre petite randonnée dans le massif de la Chapada dos Guimarães.


Nous reprendrons notre bâton de marcheur plus tard pour découvrir d’autres richesses du patrimoine préhistorique du Mato Grosso pour ceux que cela intéresse.

… Mon voyage en roulotte pour expérimenter l’intégralité de la piste des grottes ornées d’Amazonie au Mato Grosso se prépare. De nombreux détails techniques restent à résoudre, sur le choix des roulottes et le mode de traction, compte-tenu de certains dénivelés du terrain. Les 3000 kms du trajet ont été minutieusement repérés avec plus de 1800 points GPS répartis sur des centaines de pistes de fermes. L’inventaire photographique des paysages, des abris ornés et de la vie qui grouille dans ce couloir, dernier sanctuaire naturel entre le Bassin de l’Amazone et celui du Paraguay, fera l’objet de plusieurs publications.

par Jean publié dans : Art rupestre
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Présentation

  • : Le blog de Jean Périé
  • chasseurdhorizons
  • : Chasseur d'horizons, diplômé de Préhistoire à l'Ecole Pratique des Hautes Etudes. Projet d'un voyage en roulotte sur la piste des grottes ornées d'Amazonie, au Mato Grosso,(Brésil) pour dresser un inventaire photographique unique des paysages et des vestiges témoins d'une occupation vieille de 20 000 ans.
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"Tout l'or de l'Eldorado" Georges Pommot. Récit recueilli par Jean Périé Editions Robert Laffont 1978. (Epuisé, en vente sur eBay)
 























"Ces merveilleux fous de la vocation" Anne-Marie Raimond; Editions Robert Laffont 1979.(Un chapitre "Le paysan des tropiques" est réservé aux travaux de Jean Périé)
 























"Découverte de l'Aventure" Editions Gallimard 1990. Les pages 108 et 109 sont consacrées à Jean Périé.

























De nombreux articles de Presse ont également été consacrés aux travaux de Jean Périé

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